Tableaux d'Alphonse Allais : Œuvres célèbres, style et héritage

Tableaux d'Alphonse Allais : Vie, Style & Œuvres Célèbres | Zephyeer
Zephyeer Journal d'art

Absurdisme · Monochrome · Français · 1854–1905

Alphonse Allais
Peintures

Alphonse Allais a utilisé l'appareil de la peinture contre lui-même, produisant des toiles monochromes aux titres impassibles qui ont anticipé l'art conceptuel de soixante ans et ont prouvé qu'une blague pouvait être la chose la plus sérieuse dans une pièce.

Naissance20 octobre 1854 — Honfleur, France
MouvementAbsurdisme, Art proto-conceptuel
Cocus Jaunis Maniant l'Ocre — Alphonse Allais · Impression encadrée Zephyeer

Cocus Jaunis Maniant l'Ocre · 1883

1854

Qui était Alphonse Allais ?

Les peintures d'Alphonse Allais représentent l'une des interventions les plus audacieuses de l'histoire de l'art — d'autant plus remarquables qu'elles ont été réalisées en 1883, alors que les impressionnistes luttaient encore pour leur reconnaissance et que l'idée d'une toile vierge comme œuvre d'art achevée était littéralement inconcevable. Né le 20 octobre 1854 à Honfleur, en Normandie — la même ville portuaire qui a attiré Boudin, Jongkind et le jeune Monet — Allais s'installe à Paris au début de la vingtaine et s'immerge dans la culture littéraire et de cabaret de Montmartre. Il devient une figure centrale du Chat Noir, le légendaire cabaret du 18e arrondissement qui servait de centre social aux Décadents, Symbolistes et Hydropathes, un groupe littéraire satirique qu'il a contribué à fonder.

En 1882, le poète Paul Bilhaud expose un rectangle uniformément noir au Salon des Arts Incohérents à Paris sous le titre Combat de nègres dans un tunnel. Les Incohérents étaient un collectif libre dédié à l'absurdisme anti-académique, et leurs salons annuels étaient conçus pour se moquer des prétentions de la culture artistique française officielle. Allais, qui fut l'un des contributeurs les plus prolifiques des Incohérents, reconnut dans la provocation de Bilhaud un genre entier en attente d'être systématisé. Entre 1883 et 1897, il produisit une série de peintures monochromes — chacune un champ de couleur unique et plat — avec des titres qui rendaient explicite la scène narrative que la surface vierge était censée représenter. Un rectangle blanc devint Première Communion de jeunes filles anémiques dans la neige. Un champ rouge devint Cardinaux apoplectiques cueillant des tomates au bord de la Mer Rouge. Une étendue grise devint une image d'ivrognes cendrés s'évanouissant dans le brouillard. La logique était cohérente : la couleur et le sujet correspondaient, et l'écart entre le titre descriptif pompeux et la surface picturale vide était l'endroit où la blague — et l'argument — résidait.

Allais décède le 28 octobre 1905 à Paris, après avoir principalement exercé la profession de journaliste et d'humoriste pour des publications telles que Le Chat Noir et Le Sourire. Il a publié des recueils de nouvelles en prose et d'aphorismes qui sont toujours lus en France comme des classiques de la littérature absurde. Les peintures monochromes n'occupaient qu'une part relativement faible de sa production, mais constituent, rétrospectivement, sa contribution la plus importante à l'histoire de l'art — une contribution qui est restée largement méconnue jusqu'à ce que le XXe siècle commence à produire des artistes qui avaient précisément besoin du précédent qu'il avait établi.

La méthode d'Allais était brutalement simple : choisir une couleur, peindre toute la toile de cette couleur, écrire un titre qui correspond à la couleur d'une scène où cette couleur prédominerait logiquement, et exposer le résultat avec un sérieux absolu.

La série monochrome d'Allais fonctionne comme un argument étendu sur la relation entre le langage et la vision, le titre et l'image, l'attente et la réalisation. Chaque œuvre de la collection Zephyeer présente une proposition de cet argument — précise, impassible, et toujours étonnamment drôle après plus d'un siècle.

Cocus ictériques manipulant de l'ocre — Alphonse Allais · Zephyeer impression d'art encadrée 01 Série Monochrome

Cocus ictériques manipulant de l'ocre

1883 · Monochrome (ocre/jaune) · Arts Incohérents, Paris

Cocus ictériques manipulant de l'ocre illustre la logique structurelle de la série monochrome d'Allais avec une économie particulière : l'ictère est jaune, l'ocre est jaune, la honte traditionnelle du cocu est associée au jaune. Les trois jaunes s'effondrent en un seul champ plat. Le titre raconte une scène ; la toile ne montre rien d'autre que la couleur qui unifie tous ses participants. L'écart entre le riche drame social impliqué par le titre et le vide absolu de la surface est précisément calibré.

Exposée au Salon des Arts Incohérents, l'œuvre fut reçue comme une plaisanterie — ce qu'elle est — mais Allais formulait également un argument sérieux sur les conventions de la peinture narrative, où les titres promettaient régulièrement des scènes de grand drame que la toile ne pouvait qu'approximer. Ses monochromes tiennent entièrement la promesse de couleur du titre tout en retenant tout le reste, exposant la relation arbitraire entre la représentation picturale et la description verbale.

Pourquoi elle perdure

Le tableau démontre qu'un titre n'est pas une description d'une image, mais un ensemble d'instructions sur la manière de la lire — instructions qui peuvent être manipulées pour donner un sens très spécifique à une toile vide.

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Première communion de jeunes filles anémiques dans la neige — Alphonse Allais · Zephyeer impression d'art encadrée 02 Série Monochrome

Première communion de jeunes filles anémiques dans la neige

1883 · Monochrome (blanc) · Arts Incohérents, Paris

Le monochrome blanc est l'œuvre la plus formellement extrême de la série d'Allais — une toile qui ne présente rien d'autre que sa propre surface, justifiée par un titre qui accumule la blancheur de manière obsessionnelle : la neige, l'anémie, les robes blanches de la première communion, la pâleur des adolescentes. Chaque élément de la scène est blanc ; la toile est blanche ; l'équation est complète et complètement absurde.

Cette œuvre précède le Carré noir sur fond blanc de Kazimir Malevich de plus de trois décennies et les monochromes blancs d'Yves Klein de plus de soixante ans. Allais est arrivé à la toile blanche vide non pas par un programme mystique ou transcendantal, mais par le plus banal des procédés comiques : l'association de la couleur au nom. Le résultat, malgré son origine farcesque, a la même force visuelle saisissante que ses descendants plus célébrés.

Héritage

Chaque toile vierge de l'art occidental, de Malevich à Rauschenberg en passant par Robert Ryman, a une petite dette non reconnue envers l'homme qui le premier a demandé si un titre seul pouvait en remplir une.

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Cardinaux apoplectiques cueillant des tomates au bord de la Mer Rouge — Alphonse Allais · Zephyeer impression d'art encadrée 03 Série Monochrome

Cardinaux apoplectiques cueillant des tomates au bord de la Mer Rouge (Étude de l'Aurore Boréale)

1884 · Monochrome (rouge) · Arts Incohérents, Paris

Le monochrome rouge est la réalisation la plus baroque d'Allais en matière de titre : l'apoplexie rougit le visage, les cardinaux portent des vêtements rouges, les tomates sont rouges, la Mer Rouge est rouge de nom, et l'aurore boréale peut être rouge. Le sous-titre entre parenthèses — « Étude de l'Aurore Boréale » — arrive comme une deuxième chute, une hésitation pseudo-scientifique qui multiplie l'inventaire déjà excessif de rouge du titre. La toile sous toute cette description est un champ uniforme de peinture rouge, l'une des performances les plus efficaces de surcharge logique dans l'histoire de l'humour européen.

La structure du tableau — un appareil verbal de plus en plus gonflé sur une surface picturale complètement plate — anticipe les stratégies des artistes conceptuels qui, des décennies plus tard, découvriraient que le langage pouvait être le matériau principal d'une œuvre d'art visuel. Allais y est parvenu le premier, par la direction de la chute plutôt que du manifeste.

Technique

Allais a compris qu'un titre suffisamment élaboré fonctionne comme une sorte de bruit visuel — il encombre l'imagination du spectateur d'images si complètement que la toile vide devient non pas un vide mais une ouverture.

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Bande de Frères Gris dans le Brouillard — Alphonse Allais · Zephyeer impression d'art encadrée 04 Série Monochrome

Bande de Frères Gris dans le Brouillard (Bande d'Ivrognes Poussiéreux dans le Brouillard)

1883 · Monochrome (gris) · Arts Incohérents, Paris

Le monochrome gris présente la méthode d'Allais sous sa forme la plus lisible. Les Frères Gris portent des habits gris ; le brouillard est gris ; les ivrognes pâlis par le mauvais vin prennent une teinte grise ; la poussière est grise. Le double titre — à la fois les respectables « Frères Gris » et les peu recommandables « Ivrognes Poussiéreux » habitent la même scène — suggère que le champ gris s'adapte à des lectures sociales contradictoires sans différenciation, exactement comme le brouillard le fait réellement.

Le motif du brouillard relie Allais à la fascination plus large de la fin du XIXe siècle pour les effets atmosphériques — les nocturnes de Whistler, les séries de Monet — mais Allais inverse leur projet romantique. Là où Whistler et Monet trouvaient dans le brouillard un véhicule pour de subtiles gradations tonales, Allais réduit toute cette gradation à un seul gris indifférencié et laisse le titre faire le travail atmosphérique à la place.

Pourquoi elle perdure

Le monochrome gris est l'œuvre la plus visuellement sereine de la série et la plus socialement démocratique : dans son brouillard, toutes les classes et toutes les réputations sont également invisibles et également présentes.

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Des proxénètes, connus sous le nom de « Green Backs », allongés dans l'herbe, buvant de l'absinthe — Alphonse Allais · Zephyeer impression d'art encadrée 05 Série Monochrome

Des proxénètes, connus sous le nom de « Green Backs », allongés dans l'herbe, buvant de l'absinthe

1883 · Monochrome (vert) · Arts Incohérents, Paris

Le monochrome vert est l'œuvre la plus socialement transgressive de la série — son titre combine le mépris de classe, la dégradation corporelle, et le vert spécifique de l'absinthe, poison à la mode de Montmartre, avec le vert de l'herbe et le vert des billets de banque. Le mot « vert » n'apparaît pas dans le titre, mais chaque nom qui y figure est vert ; la toile fournit la synthèse.

L'absinthe était la boisson des Bohémiens et des déclassés du Paris des années 1880, et Allais — qui fréquentait les mêmes établissements que les hommes décrits dans son titre — connaissait son sujet. Le tableau appartient au même moment culturel que L'Absinthe de Degas et les scènes de bar de Toulouse-Lautrec, mais le rendu d'Allais évacue toute psychologie et la remplace par un champ de couleur unique et sans ambiguïté. L'effet est plus grotesque, et considérablement plus drôle.

Technique

En plaçant sa scène scandaleuse entièrement dans le titre et en laissant la toile vide, Allais s'assure que l'imagination du spectateur fasse tout le travail — et assume toute la responsabilité morale de ce qu'il y imagine.

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L'émerveillement des jeunes recrues de la marine découvrant pour la première fois ton bleu, ô Mer Méditerranée ! — Alphonse Allais · Zephyeer impression d'art encadrée 06 Série Monochrome

L'émerveillement des jeunes recrues de la marine découvrant pour la première fois ton bleu, ô Mer Méditerranée !

1883 · Monochrome (bleu) · Arts Incohérents, Paris

Le monochrome bleu est le titre le plus lyrique de la série, et le plus rhétoriquement extravagant. L'apostrophe — l'adresse directe à la Méditerranée à la deuxième personne — importe tout l'appareil de la poésie romantique dans une toile qui répond à toute cette ardeur verbale par un rectangle plat de peinture bleue. L'émerveillement des recrues est décrit dans le titre ; la toile ne leur montre rien d'autre que l'objet de cet émerveillement, non dilué et non médiatisé.

Le tableau précède les célèbres monochromes IKB (International Klein Blue) d'Yves Klein de plus de soixante-dix ans, et la logique conceptuelle est presque identique : un champ saturé de bleu qui se présente comme une rencontre avec quelque chose de vaste et d'écrasant. Klein est arrivé à ses monochromes par le mysticisme et le judo ; Allais est arrivé aux siens par l'humour de journal. Les résultats sont formellement indiscernables.

Héritage

Que le bleu d'Allais et le bleu de Klein soient le même geste, abordé de directions opposées, est la preuve la plus claire que son œuvre a toujours fait partie de l'histoire de l'art — il a simplement fallu quatre-vingts ans à l'histoire de l'art pour le remarquer.

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L'héritage d'Alphonse Allais

La filiation entre Allais et l'art du XXe siècle traverse plusieurs générations d'artistes qui ont pu connaître ou non son nom. Les ready-made de Marcel Duchamp — objets dont le statut d'œuvre d'art était entièrement déterminé par leur titre et leur contexte — fonctionnent sur le même principe que les monochromes d'Allais : l'œuvre d'art est dans le geste de nomination, non dans l'objet lui-même. Les monochromes bleus d'Yves Klein de la fin des années 1950, le Carré noir (1915) et le Blanc sur blanc (1918) de Kazimir Malevitch, les peintures noires d'Ad Reinhardt, le de Kooning effacé de Robert Rauschenberg — tous participent à un argument qu'Allais avait déjà formulé, depuis la plateforme improbable d'un magazine d'humour de cabaret parisien, en 1883. Plus récemment, des artistes comme Maurizio Cattelan ont poursuivi des stratégies similaires de comédie conceptuelle, plaçant des titres absurdes contre des objets vierges ou minimaux pour exposer l'appareil institutionnel qui confère aux œuvres d'art leur autorité.

La présence institutionnelle d'Allais est nécessairement ténue — il est mort en 1905 et a passé sa vie à produire du journalisme éphémère plutôt que des tableaux prêts pour l'exposition — mais ses monochromes ont été reproduits et discutés dans tous les grands récits de l'art proto-conceptuel et conceptuel depuis les années 1960. Le Centre Pompidou à Paris, la Bibliothèque nationale de France et diverses collections privées conservent des documents de sa carrière. Ses écrits en prose restent imprimés en France, et de nouvelles traductions de ses aphorismes et nouvelles continuent d'apparaître en anglais. Sa réputation dans l'histoire de l'art, longtemps confinée aux notes de bas de page, est maintenant plus proche d'un chapitre.

Dans un intérieur contemporain, une impression d'Alphonse Allais fonctionne comme une pièce de conversation au sens le plus exact : elle exige une conversation sur ce qu'elle est et si elle compte comme une peinture, ce qui est précisément la conversation qu'Allais a conçue pour la déclencher. Les œuvres sont également, formellement, parmi les objets les plus polyvalents à la disposition d'un designer d'intérieur — un champ de couleur précisément choisi dans l'une des six teintes d'Allais ancrera l'histoire chromatique d'une pièce avec un minimum de bruit visuel et un maximum de poids conceptuel. La tradition minimaliste en art a rarement été énoncée de manière plus succincte, ou atteinte de manière plus amusante.

Questions fréquemment posées

Pour quoi Alphonse Allais est-il le plus connu ?

Allais est surtout connu pour une série de tableaux monochromes qu'il a exposés au Salon des Arts Incohérents à Paris à partir de 1883, dans lesquels des toiles uniformément colorées recevaient des titres élaborés décrivant des scènes où cette couleur prédominait naturellement. Les plus célèbres incluent une toile blanche intitulée Première communion de jeunes filles anémiques dans la neige et une toile rouge intitulée Cardinaux apoplectiques cueillant des tomates au bord de la Mer Rouge. Il est également célébré comme l'un des grands écrivains absurdes français de la Belle Époque.

Comment Alphonse Allais a-t-il influencé l'art conceptuel ?

Les monochromes d'Allais ont anticipé plusieurs des mouvements clés de l'art conceptuel : la primauté du titre et du cadrage linguistique sur le contenu pictural, l'utilisation de l'humour comme outil critique, et la réduction de l'œuvre d'art à une proposition matérielle unique et indifférenciée. Les ready-made de Marcel Duchamp, les monochromes bleus d'Yves Klein, et les œuvres textuelles de Lawrence Weiner et Joseph Kosuth participent tous à un argument qu'Allais avait déjà formulé, sans intention de fonder un mouvement, dans le Paris des années 1880.

Qu'était le Salon des Arts Incohérents ?

Le Salon des Arts Incohérents était une série d'expositions satiriques annuelles organisées à Paris entre 1882 et 1896 par l'écrivain Jules Lévy, en parodie du Salon officiel. Les expositions présentaient des œuvres délibérément absurdes, non académiques et souvent anonymes – des toiles vierges, des dessins réalisés par des personnes ne sachant pas dessiner, des objets étiquetés comme des peintures – et étaient extrêmement populaires auprès du public parisien. Allais fut l'un des contributeurs les plus prolifiques, et les Incohérents ont fourni le contexte institutionnel dans lequel sa série monochrome a pris tout son sens comme une provocation du monde de l'art plutôt qu'une simple blague.

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